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Blog de Chahid Slimani مدونة شهيد اسليماني

Vous qui entrez, gardez toute espérance…


Chahid Slimani : Edward Bernays, la manipulation des foules et les « Torches de la liberté »

                                                                      image 1« Toute propagande efficace doit se limiter à des points fort peu nombreux et les faire valoir à coups de formules stéréotypées aussi longtemps qu'il le faudra, pour que le dernier des auditeurs soit à même de saisir l'idée. » Adolf Hitler




     
     Qui est Edward Bernays ?

 

    Il est à la fois le rêve et le cauchemar des Américains des années vingt. Ses idées continuent aujourd’hui encore d’être le rêve et le cauchemar des millions de « moutons » de la société de consommation un peu partout dans le monde. Edward Bernays est le Machiavel de la propagande.

    Il a fait des premiers psychanalystes ses conseillers et de la manipulation des masses son fonds de commerce. Il s’est très tôt rendu compte que si on pouvait efficacement utiliser la propagande pour faire la guerre pourquoi ne pas l’utiliser pour faire du commerce. Après tout, les foules sont les mêmes, un « troupeau de moutons » [1] à conduire à gauche, à droite, ou même vers l’abîme. [2] Il suffit de savoir jouer sur les cordes des « forces et émotions irrationnelles cachées en l’être humain » découvertes par un certain Sigmund Freud qui n’est autre que l’oncle d’Edward Bernays. [3]

    Le procédé était simple. Sigmund Freud qui n’était pas le complice direct de Bernays, raisonnait pour la science et son neveu qui était aussi son agent aux Etats-Unis [4] s’appuyait sur ses théories et « raisonnait » pour le commerce et les multinationales après avoir « raisonné » à l’époque de Woodrow Wilson pour la propagande politique [5] et la guerre. [6]     

    « Conseil en relations publiques » [7] supplanta alors le mot « propagande » [8] et Bernays  transforma les produits et le profit des multinationales en « valeurs » et en « culture » [9] chez les Américains et leurs copieurs (les Européens et les élites occidentalisées des pays du sud). Il est amusant d’entendre certaines personnes appeler les « artifices » de Bernays « nos valeurs judéo-chrétiennes ». Une partie importante de la « culture » ou de l’inculture des occidentaux  [10], ils la doivent à Edward Bernays. N’avait-il pas convaincu les femmes de fumer comme les hommes ?

    George Hill, président de l’American Tobacco Corporation voulait coûte que coûte briser le tabou de la cigarette pour les femmes. S’appuyant sur les analyses et les conseils du célèbre psychanalyste américain A. Brill,  Bernays a compris alors que la cigarette était le symbole du « pénis » et du pouvoir sexuel chez l’homme. Pour vaincre l’homme sur son terrain et remettre en question sa domination, il fallait procurer à la femme son propre « pénis », la cigarette.

    « Torches de la liberté » [11] fut le slogan idéal pour « émanciper » la femme et lui donner un pénis/épée pour son duel final avec l’homme, et avec comme « dommages collatéraux » de gros  bénéfices pour l’American Tobacco Corporation  bien sûr!

    Bernays a compris aussi grâce aux écrits de son oncle, que tout est question de virilité pour l’homme. Avec une voiture de luxe, des « costards » signés, des montres de luxe, des cigares ... l’érection de l’homme était en couleurs et en public.

    Avec tous ces gratte-ciel, c’est la course effrénée au plus phénoménal « pénis » et dont le « Viagra » n’est autre que le libéralisme sauvage et les richesses des pays exploités et pillés des générations durant. [12] De l’obscénité architecturale. Bientôt, notre planète sera classée « X » !


 [1] Bernays employait l’expression « troupeau de moutons » et « troupeau de bêtes sauvages » pour désigner les masses. Au Maghreb l’élite en place emploie l’expression « El-Hwala » (les moutons) et « El-Bger » (troupeau de vaches) etc.
[2]
Pour lui « Seule l’énergie déployée par quelques brillants cerveaux peut amener la population toute entière à prendre connaissance des idées nouvelles et à les appliquer. ». 
[3]
Lire Tim Adams: « How Freud got under our skin ».
[4]
C’est Edward Bernays qui a orchestré la promotion et la célébrité de son oncle aux Etats-Unis. Il l’appelait, une fois célèbre, « Oncle Sigmund ».
[5]
Il est d’ailleurs l’auteur de l’incontournable ouvrage machiavélique des temps modernes « Propaganda. Editions H. Liveright, New York 1928 » (traduction française de l’ouvrage : Propaganda. Comment manipuler l’opinion en démocratie. Éditions La Découverte, Paris 2007). Dans son ouvrage, Edward Bernays définit la propagande comme « un effort cohérent et de longue haleine pour susciter ou infléchir des événements dans l’objectif d’influencer les rapports du grand public avec une entreprise, une idée ou un groupe », « Ce qu’il faut retenir c’est d’abord que la propagande revient à enrégimenter l’opinion publique exactement comme une armée enrégimente les corps de ses soldats. ».
[6]
Voir l’excellent documentaire d’Adam Curtis « The century of the self »
[7]
Aujourd’hui on préfère parler de « Marketing » (mercatique en français) etc.
[8]
Goebbels, fasciné par les idées de Bernays, redonna une nouvelle vie au mot « propagande ».
[9]
Après la première et la seconde guerre mondiale l’objectif des firmes américaines était de faire passer l’Amérique d’une culture du besoin à une culture du désir. Cette « culture » arriva après en Angleterre, puis au Continent et aujourd’hui dans les pays du sud.
[10]
Lire John Kenneth GALBRAITH : Le Nouvel Etat industriel. Editions Gallimard, Paris 1968.
[11]
Une référence machiavélique à la fameuse torche de la statue de la liberté.
[12]
Pour Gandhi la Tour Eiffel n’est qu’un «  immense jouet » et « une excellente preuve de ce que nous sommes tous des enfants que séduisent les hochets. ». Tolstoï quant à lui la considérait comme un « monument à la folie »...
© Crédit Photos. Couverture de la traduction française de l’ouvrage « Propaganda » d’Edward Bernays. Zones / Éditions La Découverte, Paris 2007.

 

© Chahid Slimani

Mardi 1 juillet 2008

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