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Blog de Chahid Slimani مدونة شهيد اسليماني

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The purge (IV) : Jésus l’Athénien et le rouet de Gandhi…

Publié par Chahid Slimani sur 3 Décembre 2013, 22:34pm

Catégories : #Vérité

The purge (IV) : Jésus l’Athénien et le rouet de Gandhi…

« Pourquoi devrions-nous adopter les priorités et les hiérarchies de l'Occident ? Vos succès au XXe siècle sont-ils si éclatants ? La Seconde Guerre mondiale, les génocides, la destruction de l'environnement, et que suivra-t-il encore ?» Ashis Nandy

Une expression de J.M.G. Le Clézio auteur du Rêve mexicain et prix Nobel de littérature en 2008, évoquant son premier choc civilisationnel en 1968, en visitant la première fois le Mexique, m’inspire ma phrase d’accroche pour ce texte dont l’introduction m’épuise. J.M.G. Le Clézio parle de la « catastrophe de la conquête » du continent américain.

La « catastrophe » des conquêtes européennes a bouleversé le monde et l’humanité. Je pense au psychosociologue indien Ashis Nandy qui a vu naître après l’aventure coloniale, un occidental, un homme dit « moderne » éprouvant un sentiment de supériorité sur les civilisations orientales et africaines. De l’aventure coloniale, les Occidentaux et les Européens, après avoir dévasté, pillé et massacré espèces, cultures et patrimoines, n’ont retenu hélas qu’une seule leçon : la barbarie, c’est les autres.

L’enseignement du grec conditionné par un ethnocentrisme culturel, a conditionné la pensée de toute une élite d’Européens qui doivent faire voir à Spinoza l’homme qui a vu un philosophe grec.

Flânant au hasard des ruelles et des labyrinthes de l’esprit occidental, européen et chrétien, j’ai fini par découvrir la question qui taraude toute une civilisation judéo-chrétienne. Comment trouver ou prouver une filiation athénienne pour Jésus de Nazareth? Sous le toit de l’Eglise d’un Jésus athénien, laïcs et religieux se réconcilieront au nom de la pureté et de la supériorité ethno-confessionnelles et civilisationnelles. Les laïcs ne jurent qu’au nom de la Grèce antique, et les religieux chrétiens purifieront leur Jésus de son origine juive.

1. Tous les chemins occidentaux mènent à Athènes…

2. Rivarol et la hiérarchisation des cultures…

3. La barbarie, c’est les autres…

4. Gandhi ou le rouet qui a brisé le mythe…

1. Tous les chemins occidentaux mènent à Athènes…

Qu’éprouve-t-on en lisant ces philosophes et écrivains occidentaux et européens qui n’écrivent qu’en pensant à la Grèce antique ? Les Occidentaux et les Européens se sentent-ils plus en sécurité culturelle en ne se référant qu’à leurs propres philosophes ? Ignorent-ils l’existence des philosophes asiatiques et africains quand Pablo Picasso ignore ce qu’il appelle, narquois, « l’art nègre »? Sont-ils tous des Rivarol ? [1]

L’universalisme d’un philosophe « homme moderne » qui porte un nom européen, une montre Uranie, un parfum Euphrosyne, qui s’installe avec son chien Alpos, sur la terrasse du café Hébé, Avenue Aglaé, tout près du jardin Thalie, qui s’inspire esthétiquement des modèles grecs et qui pense écrire un texte sur Œdipe pour la revue Diogène, ressemble au drapeau des États-Unis sur la Lune. Il flotte, il ne flotte pas. Figé comme la pensée de Rivarol.

2. Rivarol et la hiérarchisation des cultures…

Rivarol, en 1784, dans son Discours sur l’universalité de la langue française, considère sans gêne que « ce qui n’est pas clair n’est pas français », élevant la langue française et donc la culture française au-dessus de toutes les autres langues et cultures, car selon lui le français suit l’ordre de la raison alors que les autres langues sont minées et aveuglées par le désordre et la passion.

Répudier purement et simplement les formes culturelles : morales, religieuses, sociales, qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions, est une réaction grossière selon Claude Lévi-Strauss, et qui traduit « ce même frisson, cette même répulsion, en présence de manière de vivre, de croire ou de penser qui nous sont étrangères. » [2]. Une hiérarchisation des langues et donc des cultures qui devait par la suite bouleverser le système éducatif des pays colonisés. Ashis Nandy cite l’exemple des desseins britanniques en Inde. Comment cette hiérarchisation des cultures a pu détruire les échanges culturels de l’Inde avec d’autres civilisations telles que la Chine, l’Égypte, l’Iran et la Turquie, car les élites indiennes occidentalisées ont commencé à les percevoir comme arriérées [3]. Une capitulation, une fascination et une acculturation qui poussèrent nos élites à ne légitimer que les échanges culturels avec le seul Occident. Un Occident qui a su comment diviser et déraciner pour régner et qui s’acharne et peste aujourd’hui contre le retour dans le monde arabe de la Turquie et de l’Iran, voire de la Chine.

3. La barbarie, c’est les autres…

Les Européens ont inventé un mythe originel les célébrant comme demi-dieux et entraînant la déchéance des autres « races » dites inferieures. Ils ont fini par y croire. Ils nous ont colonisés. Ils voulaient nous inculquer leur mythe, leur berceuse. Ils nous ont légués leurs fantassins qui sont nos élites désormais. Le chien Alpos est moins barbare que les autres singes [4]. Après la capitulation militaire, économique et juridique, vient la capitulation culturelle. Ashis Nandy dénonce une aliénation des élites qui conduit souvent à une véritable réécriture de leur propre civilisation.

Les mythes des Européens et des Occidentaux auraient pu être de fabuleuses berceuses pour nous autres, si en réalité ils ne conditionnaient pas la catastrophe des conquêtes d’une civilisation judéo-chrétienne sacrificatrice. S’ils ne ravivaient pas les plus épouvantables doctrines et desseins d’une monarchie chrétienne universelle [5] toujours à la recherche d’une capitulation religieuse des Musulmans et des Chinois [6].

4. Gandhi ou le rouet qui a brisé le mythe…

Pendant que les Rivarol, Voltaire, Jules Romains, Jules Ferry etc. vivaient leur mythe raciste dans un autre mythe raciste, Gandhi, l’un des pères de l’humanité, filait des passerelles de coton entre les cœurs, les âmes et les esprits. Entre les cultures et les civilisations. Cette « barbarie » simple et quotidienne du rouet de Gandhi a brisé l’égocentrisme enfantin de tout un Occident. Les Occidentaux figés sur leur mythe ne pourront jamais arrêter la roue du rouet des civilisations qui tournera toujours.

[1] Je m’intéresse à Rivarol que je trouve moins raciste que les autres Voltaire, Renan, Victor Hugo, Jules Romains, Jules Ferry etc.

[2] Claude Lévi-Strauss, Race et histoire, éd. Folio, coll. Essais, 1987. Cf. Michel LEIRIS : Race et Civilisation. Cinq études d'ethnologie, Gallimard, coll. Tel, 1988.

[3] Ashis Nandy, « The After Life of the Raj in Indian Academe », in Vinay Lal, Dissenting Knowledges, Open Futures: The Multiple Selves and Strange Destinations of Ashis Nandy, Oxford University Press, New Delhi, 2000.

[4] Lire « The purge (III) : Le vin de Jésus et la zoopsie européenne et occidentale… »

[5] Lire « The purge (I) : du meurtre rituel planétaire… »

[6] Lire « The purge (II) : l’ascension de la mondialisation messianique de la pieuvre aux trois cœurs… »

Commenter cet article

jawaher 19/12/2013 18:58

Je n'ai pas lu une si criante verité depuis bien longtemps tout est dit

thomas 05/12/2013 18:14

obi one mais quelle provocation mesquine
rien à dire

Pascal Obi One 04/12/2013 23:13

la France pleure notre grand général
RIP Paul Aussaresses,

Noor 04/12/2013 09:18

« Pourquoi devrions-nous adopter les priorités et les hiérarchies de l'Occident ?
N'est-ce pas déjà fait !

J'en profite pour saluer les talents de photographe que vous êtes. Regardons les beautés de ce monde tant qu'il y en a encore ! merci

Hassane 04/12/2013 00:02

Analyse très pertinente

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